mercredi 6 mars 2013

Local Natives @ Trabendo, Paris (5/03/2013)


En se rendant au Trabendo, charmante petite salle-navire calée dans le parc de la Villette, on pense à la Maroquinerie, autre lieu foutraque de Paname. A ce concert mémorable où Local Natives était venu défendre, les crocs limés, les pépites de leur premier album, Gorilla Manor (2010). C'était il y a trois ans. Entre temps, les Américains ont tourné comme des fous et surtout révélé un nouvel effort, Hummingbird (2013), un disque moins offensif que son aîné et surtout, beaucoup moins instinctif. Le concert affiche complet et ce n'est pas volé. La réputation live de ces boyscouts n'est plus à faire. La curiosité, bien qu'imbibée dans la quasi certitude de passer un moment agréable, totale. 

Au même moment, à quelques mètres de là, Björk distille sa foi cosmogonique en arborant des instruments spécialement créés pour son projet Biophilia. Moins de chichis sophistiqués ici puisque guitares, basse, percussions et batterie servent d'arsenal militaire pour faire mener les spectateurs en cavale furibonde. Et c'est largement suffisant. La troupe a beaucoup de moyens pour elle : des tubes à la pelle, une assistance conquise d'avance et un capital sympathie au plus haut. Alignés comme des bâtonnets Findus sur le devant de la scène - à l'exception du batteur -, les Local Natives en  imposent et le message est clair : ils sont là pour se donner entièrement et, si une goutte de sueur de Taylor Rice arriverait sur ton front, toi jeune soldat prostré au premier rang, et bien, considère cette exhalation comme une belle preuve de l'implication du groupe. 

Car oui, l'implication est le mot-dièse parfait pour résumer le succès du concert. Les mecs sont en roue libre. L'ouverture You & I, portée par la voix pastorale de Kelcey Ayer, est magnifique. Pourtant, le constat est on ne peut plus clair : ce sont les titres de leur premier album qui se révèlent les plus convaincants. D'une folle intensité, le swing pyromane de Warning Sign - reprise de Talking Heads - est diablement bon. Grosse montée de jus concentré lorsque le groupe répond : "Hear my voice / Move my hair / Move it around a lot / I don't care what I remember", appuyés par les frétillements de la cymbale de Matt Frazier - excellent. Même embellie sur Airplanes ou Wide Eyes, hymnes parfaitement exécutés.  Et puis, quand Local Natives revient aux nouveaux titres - c'est quand même eux qu'il s'agit de défendre -, on retombe dans des lieux communs assez chiants : Heavy Feet, Bowery... Mention moyen moins. Les réactions de la foule sont d'ailleurs sans équivoque : l'enthousiasme est plus vivace lorsque sont entonnées les fraîches carrosseries de Gorilla Manor. Il y a subitement moins de spontanéité, moins d'énergie sincère qui fait tout le charme de la formation. Le rappel, bien faiblard, est tout de même sauvé par la rayonnante Sun Hands. Intense, généreuse. Rassembleuse, tonique. Local Natives, bel éclat. 

De fait, Hummingbird est un disque trop contenu, trop maîtrisé pour exploser sur scène - Breakers exceptée. Que de lourdeurs sur la pourtant sublime Colombia, qui aurait pu apporter une dose d'émotion bienvenue, mais servie par un son très médiocre, voire insupportable - le niveau des basses, apocalypse dans les tympans. Terminons ce compte-rendu par une fausse note pour garder les meilleures d'entre elles bien frétillantes dans le coeur. 


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